21 mai 2017

Etape 7 : Col de Scalella - Corte

La nuit a été agitée, parfois réveillé par le vent, parfois par de grosses gouttes éparses. Puis le tonnerre et les éclairs fusent, je ne suis pas rassuré, l'aube n'est pas très loin mais je me lève pour me mettre à l'abri sous le porche de la bergerie. On ne sait jamais si un des châtaigniers qui entoure la bergerie avait idée de tomber sur la tente. Je suis cloué à la porte fermée et je compte les intervalles éclairs tonnerres afin de confirmer que l'orage, au dessus de ma tête, continue sa route au loin. Puis je retourne me coucher comme si de rien n'était.

Au matin, le soleil n'arrive pas à percer et de gros nuages s’amoncellent alors que je prends le départ en haut du col de Scalella, je sais d'avance que je vais avoir un long moment de descente. Je passe la butte, qui empêchait les voitures de passer, m'attendant ensuite à trouver la route coupée mais rien que de petits éboulis de pierres, pas de quoi empêcher un vélo de passer.


La descente se fait sur une route humide ce qui m'empêche d'en profiter pleinement, les nuages envahissent la route,  le ciel s’assombrit mais il ne pleut pas. En bas de cette longue descente, je retrouve le cœur de l'île, quelques villages et commerces pour repartir ensuite vers l’ascension du col de Vizzavona par une petite route, heureusement car sur la nationale parallèle, le flux d'automobiles est incessant. L'unique voix de chemin de fer de l'île m'accompagne parallèlement mais toujours aucun train à l'horizon.

Malheureusement pour moi, ma petite route rejoint la nationale, et je dois affronter les 3 derniers kilomètres avec les voitures mais surtout une pluie fine qui débute. D'abord doucement, puis plus intensément, malgré ma veste et mes affaires de pluie, arrivé en haut, je suis complètement trempé.
Je décide de trouver, au plus tôt, un bar où pouvoir me réchauffer, difficile ce dimanche !

Je retrouve, mais cette fois-ci dans l'autre sens de circulation, la route que j'avais empruntée une semaine auparavant. Et c'est toujours en ce lieu que je me retrouve avec de la pluie. Pas question de prendre des photos, je file en évitant de glisser, je suis à fond sur les freins.

A Vivario, je trouve enfin un bar où m’arrêter, il est 11h du matin et tout le monde tourne à la bière. Je me sèche et y reste 2 heures, le temps d'être témoin du fait du jour : "il est rentré dans ma voiture et il est parti comme un voleur". Tout le village est en émoi, pour une histoire de taule froissée, sauf que c'est la voiture de la fille du patron, j'ai peur que ça ne se finisse aux fusils de chasse. La scène est cocasse et révèle le tempérament corse, bourru et sanguin.

Profitant de timides éclaircies, je repars de Vivario, où j'aurais quand même réussi à m’arrêter deux fois pour manger, avec des vêtements secs et le reste humide tentant de sécher sur mon porte bagage.


J'évite encore les grosses gouttes des averses passagères en me réfugiant sous les arbres, puis une fois le pont du chemin de fer franchi, à l'inverse de la semaine précédente, le soleil reprend le pas. Je repasse les mêmes villages mais les vues sont totalement différentes. Je bifurque, prends de petites voies et cueille de belles cerises juteuses à même des arbres bien fournis, le printemps est la saison idéal pour déguster de nombreux fruits.

A Corte, je me dirige vers le camping de Saint Pancras à 1 kilomètre en dehors de la ville, il est tenu par des fermiers qui me vendront la moitié d'un excellent fromage de chèvres.

Le ciel bleu est revenu et me permet de visiter sereinement Corte en grimpant au belvédère, vue imprenable à 360° entre montagnes et citadelles.



18 mai 2017

Etape 6 : Porto pollo - Col de Scalella

Bercé par les flots, je profite d'un sommeil réparateur, et une luminosité matinale me réveille tôt. Après rangement et petit déjeuner, je m'aperçois qu'il est 7h17 quand je lance le top du départ, bien plus tôt que l'heure usuelle où je me lève pour aller au boulot. Mais c'est plutôt une bonne chose car le profil de l'étape du jour qui s'annonce, est plutôt bien montagneuse et malgré l'heure matinale, le soleil brille et il fait déjà chaud.

Dès les premiers kilomètres de montée et le passage du col di Gradello, je sue abondamment à tel point que lors du second col Belle Valle à 10h, je m’arrête pour profiter du soleil, faire sécher ma chemise et reprendre des forces. Pendant ce long moment d’ascension, cette petite chaîne de montagne me permet d'avoir une vue sur la baie où j'ai dormi.

Puis je plonge vers Ajaccio, à nouveau au niveau de la mer mais je ne compte pas rentrer dans cette grande ville. Je compte suivre une vallée où sinue un léger cour d'eau.


C'est la vallée du Prunelli, à nouveau une vallée agricole, elle doit fournir en fruits et légumes la ville d'Ajaccio, des fraises suspendues, melon, agrumes. Des panneaux indiquent "fromages". J'en profite et m'arrête en acheter un, ou du moins une moitié, après d'âpres négociations avec la bergère. Je resterai à discuter une bonne demi-heure avec elle, mon image d’Épinal est désuète , maintenant le berger est connecté, la production achetée en ligne cependant il reste encore la tradition de la transhumance estival. Après le berger, l'apiculteur. La Corse est réputée pour son miel, j'ai donc droit à une dégustation de différentes saveurs et repart avec deux petits pots.
Il est midi passé mais je décide de continuer à grimper malgré la chaleur, le ciel est cotonneux, l'air s'alourdit.

Je m'arrête finalement avant le col, autant ne pas aller jusqu'à la fringale, sur la place du petit village de Ocana. Les mûriers platanes me font une ombre rafraîchissante, les vaste collines rocailleuses comme spectacle.

Mais il me faut atteindre le col de Mercuju si je veux pouvoir me jeter dans le lac. C'est chose faite après une suite de lacets. Sur l'autre versant, une nouvelle vallée s'ouvre, écrin pour le lac de Tolla, d'un noir sombre, il tranche avec les falaises. Dommage que le ciel se soit couvert.


Pensant que le village de Tolla bordait le lac, je rêvais d'un plongeon réparateur, mais je n'avais pas imaginé que le lac fut artificiel et me voila prolongeant la montée sans avoir pu me baigner. Bon le changement de temps m'en avait fait passer l'envie.


Arrivé à l'aplomb de l'embouchure du lac, je traverse les gorges de la rivière du Prunelli et monte finalement vers Bastelica. Que faire ? Il reste 12 kilomètres avant le col de Scalella qui est susceptible d'être fermé. L'apiculteur m'avait prévenu, seuls les 4X4 et les vélos peuvent peut-être passer.
Changement de décor depuis le passage du lac, les châtaigniers, frênes et chênes sont réapparus et bien sur,  aussi les cochons corses. Les 12 derniers kilomètres pour atteindre le col 1193m me paraissent long, surtout qu'il commence à bruiner mais la vue en arrivant en haut, est superbe.

J'ai en face de moi d'imposantes montagnes où traîne encore un langue de neige, une mer de nuage tapisse la vallée tel un voile de coton.
La route du col est effectivement obstruée par un digue de terre mais facilement surmontable à vélo, je verrai demain si je peux aller plus en aval. Pour l'heure, une bergerie abandonnée semble être l'endroit idéal pour poser la tente, il n'y a pas l'air d'avoir signe de vie à l'horizon, merci au fait que le col soit fermé. Quelques gouttes me feront monter la tente en moins de temps qu'il faut pour l'écrire mais rien de sérieux. Une fois sec, changement complet de tenue vu que la montée m'avait complètement  rincé.

Je profite, seul, de la vue superbe sur cette barrière de montagne à plus de 2000m, ça valait le coup de monter.